Vigile de Pâques : les femmes au tombeau

par | 19 avril 2025

Messieurs, convenons-en, l’évangile de cette nuit de Pâques n’est pas à notre honneur.
Elles sont allées au tombeau, à la pointe de l’aurore. Elles font cette rencontre extraordinaire de
deux hommes en habit éblouissant qui ouvrent leur cœur à l’intelligence des Écritures. Et ils ne les
croient pas.
Elles passent, presque sonnées, de la crainte à la joie et se font les messagères de l’extraordinaire
nouvelle de la Résurrection. Et ils ne les croient pas.
Elles ont beau insister. Leurs témoignages concordent. Et leurs propos leur semblent délirants – en
grec, c’est le mot sornettes, autrement dit balivernes ou billevesées – et, méprisants, ils ne les
croient pas.
Elles ? Les femmes qui manifestement ont le cœur plus ouvert. Les femmes qui semblent préférées
du Seigneur en ce matin de Pâques et c’est tant mieux pour elles.

Les temps ont-ils changé ? On prend les mêmes et on recommence ?
Peut-être pas. Mais ces femmes de l’Évangile que nous venons d’entendre ensemble ont fait tout un
chemin, à la suite du Christ, certes, de son vivant. Mais en ce matin de Pâques, c’est un chemin
intérieur qu’elles font, au cœur des Écritures qui viennent les rejoindre dans ce qu’elles sont, dans
ce qu’elles vivent.
C’est exactement ce que nous avons fait ce soir. Avant d’arriver à la nouvelle de la résurrection de
Jésus que nous rapporte saint Luc, nous avons fait suivi un chemin dans l’Écriture, traversant tout
l’Ancien Testament pour arriver au Nouveau. Comme une route initiatique qui traverse l’Écriture et
toute notre vie. Pour nous retrouver où nous en sommes, là où Dieu vient à notre rencontre.
Ensemble, nous avons écouté 8 lectures. Certains d’entre nous les entendent pour la première fois. 7
lectures de l’Ancien Testament puis une lecture du Nouveau Testament. 8 lectures, rien que ça. Et
lorsque j’ai vu que 8 catéchumènes allaient être baptisés en notre église ce soir, je n’ai pu
m’empêcher d’y voir une coïncidence… providentielle. Et je me suis prêté au jeu –téméraire
puisque je ne les connais pas – de leur attribuer à chacun une lecture, avec un mot, en lien avec
l’initiale de leur prénom.
La 1 ère lecture nous parlait d’un commencement, celui du ciel et de la terre. Tout a un
commencement, sauf Dieu. Et nous aimons les commencements, nos premières amours.
Aujourd’hui, chers catéchumènes, c’est sans doute un aboutissement pour vous… mais aussi le
début d’une aventure. Une aventure qui nous invite à la joie. Un autre commencement est cher aux
chrétiens : celui de notre salut inauguré par le Oui d’une Vierge. Un ange vient la surprendre et la
salue Kaire en grec. Avec un K, comme Kévin.

Puis vint l’histoire du sacrifice d’Abraham. Sacrifice. Un mot qui commence par S… comme
Salima. Mais ce n’est n’est pas le mot que j’ai choisi pour elle. Nous préférerons le S de surprise.
Parce que Dieu vient surprendre Abraham, Isaac… et nous tous, si nous sommes honnêtes. Chers
catéchumènes, il va falloir vous laisser surprendre par Dieu. Il vous conduira au-delà de tout ce que
vous pouvez rêver, de bénédiction en bénédiction… avec, en prime, quelques sacrifices.
La 3 ème lecture est l’incontournable d’une Vigile pascale : la traversée de la Mer Rouge par les
Hébreux. Le Seigneur, si vous me passez l’expression, n’y va pas de main morte. Moïse lève son
bâton et ouvre la mer. Les eaux de la mort ne résistent pas au bois de la croix. Quelle épopée…
pour Elsé, sans doute, et pour chacun d’entre nous, n’en doutons pas.
C’est un renversement de situation qui nous est offert dans la 4 ème lecture. Une ville abandonnée,
accablée, malheureuse et inconsolée… retrouve la faveur de son Seigneur. Il lui manifeste sa
fidélité, sa tendresse et son alliance inébranlable. Ces trois gages de son amour inconditionnel
resplendissent plus encore que les pierres précieuses qui l’ornent désormais. Magnifique ! Le lien
avec Maléna est tout trouvé.
Toujours dans le livre d’Isaïe, la lecture suivante nous invite au festin. Elle s’adresse directement à
nous par une série d’impératifs. Deux sortent du lot : écoutez et venez. Nous sommes invités à
savoir nous sustenter… des nourritures terrestres, certes, mais surtout de la Parole de Dieu.
Barbara, vous êtes la seule avec laquelle j’ai eu l’occasion d’échanger au sujet de spécialités
culinaires. Ce banquet est donc pour vous.
Le prophète Baruc nous offre la 6 ème lecture. Elle est d’une rare poésie. Elle fait l’éloge de la sagesse
et de celui qui la cherche. Les étoiles brillent avec joie pour celui les a faites. Et elles s’exclament :
« Nous voici ! » Ce voici est le vôtre, Vanessa, mais il est aussi celui des autres catéchumènes qui
vous entourent. Ce soir, vous n’êtes pas entrée dans cette église par hasard. Le Seigneur vous a
appelée et vous répondez, peut-être en tremblant un peu… mais brillante de la lumière de Sa joie.
La dernière lecture de l’Ancien Testament sera pour vous, Maxime, puisque l’on y parle de la
Manifestation de la sainteté de Dieu. Ce choix que fait Dieu de son peuple le met à part des autres
nations et le purifie. Il va changer leur cœur. C’est bien ce qu’il a l’intention de faire avec vous,
chers catéchumènes. Vous allez devenir des signes de l’amour de Dieu pour ceux qui vous
entourent. Demandez-lui qu’il mette son esprit en vous pour que vous marchiez selon ses lois et leur
soyez fidèles.
Il en manque un. Romain. Notre 8 ème et dernière lecture, tirée de l’Épître aux Romains vient donc à
point nommé. Un programme vous est donné : être uni par le baptême à la mort du Christ pour être
uni à lui par une résurrection semblable à la sienne. Il va falloir passer aux travaux pratiques dans
quelques minutes. Cette Résurrection, c’est à vous, c’est à nous tous qu’elle est offerte.

8 textes – 8 catéchumènes – 1 évangile qui vient tout récapituler.
Ce chemin dans l’Écriture que nous avons parcouru avec les saintes femmes nous conduit au Christ
ressuscité. Et nous allons constater qu’il n’y a pas grand-chose de nouveau sous le soleil.
Comme elles, souvent, on ne vous croira pas. Mais ce n’est pas bien grave.
Comme elles, vous serez invités à faire mémoire.
Comme elles, vous serez saisis… Elles l’étaient par la crainte. Vous le serez par l’amour
inconditionnel du Dieu vivant.

Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité !
Amen. Alléluia !

fr. Louis-Marie Ariño-Durand, op

Fr. Louis-Marie Arino-Durand